Le 6 décembre de chaque année les Canadiens et Canadiennes honorent la mémoire des 14 femmes tuées aveuglément en 1989 à l’École polytechnique de Montréal. Le meurtrier, selon ses propres déclarations, avait été motivé par sa haine des féministes. De nos jours, cet acte insensé de violence nous rappelle la nécessité de prendre la parole et des mesures concrètes contre la violence sexiste.

Bien souvent, pour fuir une relation abusive, les femmes – souvent avec des enfants à charge – ont besoin d’aide sur plusieurs fronts. Il peut s’avérer difficile aux victimes de se procurer un soutien psychologique, de chercher des solutions juridiques, de se trouver un abri ou encore des garderies d’enfants, tout en essayant par ailleurs de travailler une journée complète. Ces victimes doivent pouvoir trouver l’aide dont elles ont besoin, sachant qu’elles ne mettent pas en péril leur emploi ni leur revenu.

Voilà donc pourquoi les syndicats ont commencé à exiger quelque chose de tout nouveau à la table des négociations – un congé payé pour les employés qui sont confrontés à une situation de violence conjugale. L’AFPC a proposé un congé payé de 10 jours, ce que les délégués à son Congrès de 2018 se sont engagés à adopter à l’unanimité, pour que soient prises des mesures concrètes afin de se pencher sur les besoins de ces victimes.

En 2016, la province du Manitoba a modifié ses normes d’emploi, accordant ainsi cinq jours de congé payé aux victimes de violence conjugale. Le mois dernier, celle de Terre-Neuve et Labrador annonçait qu’elle modifierait sa loi sur les normes de travail et y inclurait un congé de dix jours dont trois seraient payés. Le gouvernement fédéral prévoit de modifier la Code canadien du travail pour qu’il accorde dix jours de congé (cinq payés et cinq non payés) aux victimes de ce genre de violence qui travaillent dans des établissements sous réglementation fédérale. Selon le réseau CBC, un tel changement pourrait prendre deux ans avant d’entrer en vigueur, mais le gouvernement a laissé entendre qu’il a l’intention d’agir rapidement.

Un peu partout dans le monde, plusieurs pays ont déjà une telle législation. Les Philippines ont été les premières à accorder un congé payé aux victimes de violence conjugale, adoptant en 2004 une loi accordant dix jours de congé payé. Un peu plus tôt cette année, l’Australie et la Nouvelle Zélande ont-elles-aussi adopté des lois dans ce sens, accordant cinq jours et dix jours de congé payé, respectivement.

On estime qu’en Australie une femme dépensera environ 18 000 $ pour sortir d’une relation violente. Lorsqu’une femme essaye de se sortir d’une telle situation, la dernière chose dont elle ne devrait pas avoir à se soucier est bien son revenu et la sécurité de son emploi. Voilà donc pourquoi nous devons continuer d’exercer des pressions et insister pour obtenir un congé payé, et rien d’autre qu’un congé payé!

Ce petit filet de sécurité supplémentaire pourrait bien faire toute la différence dans le monde, soit entre rester dans une relation abusive ou choisir d’en sortir.

Au Canada, où une femme est tuée par son partenaire tous les six jours, cette différence serait entre la vie et la mort!

Pour en savoir davantage sur la façon dont les syndicats peuvent promouvoir des articles sur la violence conjugale durant les négociations collectives, allez sur le site du Congrès du travail du Canada.