Inscrivez la date du mercredi 27 février dans vos calendriers, qui sera celle de la Journée du chandail rose. Chaque année, enfants et adultes confondus se vêtissent de rose en signe d’opposition à l’intimidation.

Cette journée spéciale trouve son origine en Nouvelle-Écosse. En effet, après avoir constaté que l’un de leurs camarades de classe était la cible d’intimidation tout simplement parce qu’il portait un chandail rose, deux garçons décidèrent de distribuer des chandails de couleur rose à leurs copains et copines de classe. Ce geste donna alors naissance à une véritable manifestation de solidarité contre l’intimidation… une Journée du chandail rose !

Ce cas bien particulier d’intimidation dans un établissement scolaire ne sera sans doute pas étranger à un grand nombre d’entre nous qui avons reçu toutes sortes d’idées de ce que veut dire « être un homme ». D’ailleurs, nous pouvons retracer l’origine de telles pensées traditionnelles – ce qu’un homme peut et ne peut faire ; ce qu’un homme peut et ne peut porter comme vêtement ; comment un homme peut et ne peut se compoter, etc. Notre société vient tout juste de se pencher sur ces questions et autres thèmes, et les dommages que cela peut causer.

Un peu plus tôt cette année, la American Psychological Association a publié un rapport dans lequel elle se penche sur les effets de la masculinité traditionnelle. On y lit notamment que les comportements dit traditionnelles peuvent « avoir une incidence aussi bien négative que positive sur l’état de santé relationnelle, psychologique et comportementale ». Sur le plan négatif, nous trouvons que les hommes ont des taux plus élevés de problèmes relationnels, de violence, de toxicomanie, d’emprisonnement ou encore de suicide réussi. La masculinité traditionnelle ne se limite pas à des conséquences néfastes sur la santé mentale, elle dissuade les hommes de chercher de l’aide de spécialistes pour traiter leurs problèmes en la matière.

Entretemps, ceux qui ne se conforment pas aux rôles traditionnels des sexes ni ne se limitent à des idéaux hétéronormatives, se retrouvent bien souvent victimes d’hommes qui adoptent une masculinité traditionnelle.

Le besoin de prouver sans arrêt leur masculinité peut mener les hommes à adopter un comportement agressif, à démontrer des comportements risqués, à harceler sexuellement des femmes (ou bien d’autres hommes), et à exprimer des attitudes homophobes, lorsqu’ils ont le sentiment que leur masculinité est menacée.

“Work as a Masculinity Contest,” Jennifer L. Berdahl, Marianne Cooper, and Peter Glick

Au Canada, nous constatons les répercussions de la masculinité traditionnelle de bonne heure – en effet, 59 % des élèves LGBTQ au secondaire ont indiqué avoir été victimes de harcèlement verbal comparativement à 7 % de leurs homologues qui ne sont pas LGBTQ. Environ trois élèves LGBTQ sur quatre ne se sentent pas en sécurité à leur établissement scolaire.

Pour ces élèves, le combat à mener contre les normes rigides des genres et les attentes hétéronormatives est devenu une question de vie et de mort. Plus de la moitié des jeunes LGB ont songé à suicider, et 33 % ont fait une telle tentative. Entretemps, les crimes haineux contre la communauté LGBT continuent d’être les plus violents selon Statistique Canada.

Tout cela pour vous rappeler que de porter un vêtement rose en signe de lutte contre l’intimidation. Prenons quelques instants pour nous demander pour quelles raisons nous nous vêtissons de cette couleur… ce n’est pas seulement un geste de solidarité envers un jeune garçon victime de harcèlement, c’est aussi un geste de rupture intentionnelle contre les idéaux de la masculinité traditionnelle qui sont dangereux pour nombre de personnes, y compris celles dont les identités sont façonnées par son dogme.