En tant que syndicat, nous représentons un grand nombre de milieux de travail qui ont, de tous les temps, été des espaces à prédominance masculine. C’est peut-être pour cette raison que les femmes ne représentent que 37 % seulement de nos jours de nos effectifs alors qu’elles occupent 55 % des emplois dans la fonction publique fédérale.

Les casernes de pompiers aux aéroports sont un lieu de travail où justement les femmes ne sont toujours qu’un groupe minoritaire. En cette Journée internationale des femmes, nous en profitons pour vous parler de l’une de nos anciens membres – Christine Janes, la première femme au Canada à se mériter la désignation de spécialiste de la lutte contre les incendies d’aéronef.

En 1982, tout juste sortie de l’école secondaire, Janes occupa un poste derrière un bureau à l’aéroport de Deer Lake, Terre-Neuve-et-Labrador. Tout comme probablement la plupart d’entre nous, elle ne savait pas que les aéroports sont équipés d’une station d’incendie.

« Je me suis dit ‘c’est plutôt sympa’, et en fait plus je m’y rendais pour visiter les lieux, et plus cela me plaisait. »

Au cours de ses nombreuses visites, elle apprit à conduire, décrocha son permis de conduire un camion-citerne d’incendie. Peu de temps par la suite, Janes se présenta à un concours en vue de doter un poste de spécialiste de la lutte contre les incendies d’aéronef, remportant la mise contre des candidats de tous les horizons du pays, et occupa donc l’un des trois postes en jeu.

Janes se rendit compte dès le début que de mettre les pieds dans une profession à prédominance masculine provoquerait toutes sortes d’enjeux. Au cours de sa première séance de formation, la petite carrure de 115 livres de cette femme de 18 ans lui valut quelques regards plein de scepticisme de la part de ses collègues-stagiaires.

Dès que l’occasion se présenta, elle n’hésita pas et se porta immédiatement volontaire pour le premier exercice.

« J’ai en effet levé la main sans me poser de questions », précisa-t-elle, « et tout le monde eut ainsi du respect envers moi par la suite. Chaque personne me prit à part, l’une après l’autre, pour me dire le respect que je leur avais inspiré. »

« Ils ne pouvaient croire que je m’étais portée volontaire, mais je l’avais fait dans un but bien précis… leur montrer ce que je pouvais faire ! »

De retour à la station d’incendie, Janes fut toutefois accueillie avec scepticisme. Étant une femme, elle fut considérée comme une intrus, quasiment comme une étrangère. En plus de constamment chercher à prouver qu’elle était bien à la hauteur de la situation dans ses fonctions, il lui fallut faire face à des supérieurs hiérarchiques bien déterminés à lui briser son courage.

Lors de ses toutes premières journées de travail, un collègue-pompier la coinça et lui laissa savoir en des termes non équivoques qu’il ferait tout possible pour lui rendre la vie infernale. Un autre avait cette curieuse tendance à dévoiler son maillot de bain lorsqu’elle était présente. Des supérieurs allèrent même jusqu’à la faire travailler deux fois plus fort que ses collègues.

« Si cela s’était passé de nos jours, il y aurait eu un grand nombre de plaintes pour harcèlement. »

Le harcèlement systématique dont elle fut victime à son travail, du fait de son genre, lui causa de sérieuses blessures physiques et une grande fatigue émotionnelle. Elle fut même obligée, un jour, de travailler alors que la peau de ses doigts était en sang. Bien trop souvent d’ailleurs, elle rentra chez elle après son travail pour s’effondrer et pleurer à chaudes larmes après tout ce qu’elle avait dû subir dans la journée.

Mais cela ne l’empêcha pas de persister, tout le crédit en revenant, dit-elle, à l’éducation que lui avait enseigné son père.

« Il me disait constamment ‘Plus ils chercheront à te mettre des bâtons dans les roues, et plus tu vas devoir persister’. »

Malgré les cas d’intimidation et de harcèlement qu’elle dut subir dans son travail, Janes n’en garde pas moins de merveilleuses pensées de la période passée à occuper de telles fonctions.

« Certes, ce fut difficile, mais je n’ai aucun regret. J’ai vraiment aimé ce que je faisais. »

« La sensation ressentie à l’approche du feu, ou encore de le sentir autour de soi, était indescriptible. »

Après cinq années à ce poste, Janes s’en alla fonder une famille. La confiance qu’elle a en elle, ajoute-t-elle, vient de ses années passées à lutter contre les incendies d’aéronef. Elle était capable de porter une personne, de soulever de lourds objets, d’escalader une échelle à hauteur de trois étages. Tout cela lui permit de se rendre compte de sa propre force, aussi bien physique que mentale.

Aujourd’hui, elle ressent une grande fierté à l’idée de savoir ce qu’elle a réalisé – avec grand succès – dans une profession à prédominance masculine.

Mais elle n’est pas la seule à être fière – chaque fois que ses fils rencontrent quelqu’un pour la première fois, ils ne manquent jamais de glisser dans leurs conversations la période de temps que leur mère a passé comme spécialiste de la lutte contre les incendies d’aéronef.

« Avez-vous une petite idée de ce que ma mère faisait comme boulot ? »