Aujourd’hui, le 24 avril, nous soulignons la Journée des professionnels de l’administration. Comme notre organisation syndicale représente un nombre important de ces professionnels, nous voulons évidemment profiter de l’occasion pour reconnaître le précieux travail qu’accomplissent quotidiennement les professionnels de l’administration.

En fait, les professionnels de l’administration ont façonné notre syndicat. Leur grève de 1980 a changé à jamais l’image publique de l’AFPC, de même que l’image qu’entretient notre organisation d’elle-même.  

C’était la grève à laquelle personne ne s’attendait. Le 20 septembre 1980, frustrés du déroulement des négociations, 10 000 commis aux écritures et règlements ont quitté leur poste, neuf jours avant de se retrouver en situation de grève légale.

Leur geste a pris tout le monde par surprise.

À l’époque, 76 % des membres de l’unité de négociation CR étaient des femmes et 57 % avaient moins de 35 ans. Leur salaire annuel se situait à 12 815 $. Au moment où les commis ont envahi les rues, la population canadienne était aux prises avec une récession qui prenait de l’ampleur et au cours de laquelle les taux d’intérêt ont augmenté à 18,5 %.

L’Alliance de la Fonction publique du Canada « était auparavant l’une des organisations syndicales les moins militantes au pays », écrivait le National Post. Avant ce débrayage, les unités de négociation de l’AFPC avaient rarement fait la grève.

« C’est la première fois que les commis [font la grève]. »

La grève des commis a également suscité des grèves de solidarité : des centaines de fonctionnaires fédéraux occupant d’autres postes ne se sont pas présentés au travail durant la grève. Cela a donné lieu à une décision de la part de la Commission des relations de travail dans la fonction publique : les fonctionnaires n’occupant pas un poste visé par la grève légale n’étaient pas autorisés à faire la grève et feraient l’objet de mesures disciplinaires.

Le 2 octobre, près de 20 000 CR et autres employés de la fonction publique ont manifesté dans le centre-ville d’Ottawa. Le lendemain, le chef conservateur Joe Clark a déclaré que le gouvernement traitait les grévistes injustement.

« Il est évident que les négociations du gouvernement actuel avec ses commis ne satisfont pas au critère d’équité », avait déclaré M. Clark.

Clark soutenait que les commis « avaient un grief salarial légitime », en soulignant que le salaire de ce groupe accusait un retard important par rapport à celui des employés du secteur privé occupant des fonctions comparables.   

La grève a fait pression sur le gouvernement, poussant celui-ci à conclure une entente. Une entente de principe a finalement été conclue le 8 octobre, à la suite d’une séance de négociation qui aura duré une trentaine d’heures. L’entente prévoyait une augmentation salariale de 24,8 % sur deux ans, de même que des gains importants en matière de mesures familiales, y compris un congé de maternité payé pour la période de deux semaines non couverte par l’assurance emploi. L’entente a été ratifiée quelques jours plus tard.

La grève des commis de 1980 a mobilisé toute une nouvelle génération de leaders syndicaux, dont Nycole Turmel, l’ancienne présidente de l’AFPC, qui a commencé à s’investir dans l’action syndicale en voyant le traitement injuste que subissaient les CR.

« Les travailleuses se faisaient dire par notre syndicat de ne pas sortir en grève contre un employeur injuste. Les dirigeants de l’époque, des hommes, n’étaient pas au fait de la réalité des CR au sein de nos milieux de travail. Nous étions outrés de la façon dont le syndicat nous traitait, mais nous étions encore plus outrés des agissements de l’employeur. »

« Nous les avons affrontés tous les deux et nous sommes devenus des leaders du jour au lendemain. » La grève des CR est un chapitre important de notre histoire. Nous ne serions tout simplement pas l’organisation syndicale que nous sommes aujourd’hui sans l’intrépidité, l’audace et la détermination des commis qui ont envahi les rues et qui ont osé dire la vérité au pouvoir. 

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