Soyons réalistes… personne n’apprécie être en grève! Au Canada, les conventions collectives, dans leur plus grande majorité, sont signées sans qu’il soit nécessaire d’en déclencher une; toutefois, dans de rares situations, une grève s’avérera nécessaire.

Les membres qui se prononcent en faveur d’une grève ne prennent pas une telle décision à la légère ni en dilettante; il s’agit, en effet, d’un dernier recours qui a pour but de faire bouger un employeur de la position ferme et rigide qu’il ne veut pas changer.

Les travailleurs et travailleuses qui optent pour une grève le font en sachant très bien que leur vie va être bouleversée. Quand bien même ils reçoivent le soutien de leurs collègues syndiqués, cela ne veut pas dire pour autant que le grand public se range de leur côté.

Il faut que cela change!

Le discours public sur le thème de la grève tend à se focaliser sur son caractère perturbateur et dérangeant. À l’instar des manifestations, protestations et autres actes de désobéissance civile, le déclenchement d’une grève sera un inconvénient pour une personne ou deux. Généralement, ce n’est pas par simple gentillesse que l’on obtient des droits et autres avantages sociaux !

La perturbation des activités ne constitue toutefois qu’une partie de l’équation. En effet, et l’histoire est là pour nous le rappeler, les grèves ont toujours permis d’améliorer les conditions de travail non pas seulement des grévistes mais aussi de l’ensemble de la classe ouvrière.

On n’a rien sans rien!

Si vous ne faites pas des journées de travail de 12 heures à notre époque, c’est tout simplement grâce aux ouvriers et ouvrières de Toronto qui, en 1872, quittèrent leurs ateliers et presses à imprimer pour descendre dans la rue. C’est en effet ainsi qu’aujourd’hui nous avons une journée de travail de huit heures.

Lorsque les travailleurs et travailleuses des postes débrayèrent en 1965, déclenchant ainsi une « grève sauvage », ils réussirent à obtenir des augmentations salariales et de meilleures conditions de travail. Leur mouvement de grève fut à ce point déstabilisant que le gouvernement fut obligé de revoir son approche aux relations de travail. Il déboucha sur l’adoption en 1967 de la Loi sur les relations de travail dans la fonction publique (LRTFP) qui garantissait le droit à négocier une convention collective à la plupart des fonctionnaires, mais imposait aussi toutes sortes de règles sur le déclenchement d’une grève par les employés syndiqués ou sur le passage à l’arbitrage. Les fonctionnaires décidèrent alors de se syndiquer et ce, en très grand nombre, et formèrent l’Alliance de la fonction publique du Canada. Dans la foulée, les gouvernements provinciaux adoptèrent leur version de la LRTFP.

Plus récemment, la grève de 1991 du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) ouvrit la voie au congé parental dont profitent désormais tous les Canadiens. Après une pénible grève de 42 jours, les membres du STTP gagnèrent le droit à un congé de maternité pleinement payé de « 17 semaines, ainsi que la prise en compte du congé de maternité dans le calcul de diverses prestations telles que l’indemnité de départ ». Au lendemain du succès de cette grève des travailleurs des postes, le congé de maternité payé « devint vite chose courante dans tous les secteurs public et parapublic ».

La souffrance pour eux, les bienfaits pour vous!

Cet adage est bien la preuve que les Canadiens issus de la classe ouvrière, syndiqués ou non, devraient apporter leur soutien à leurs collègues chaque fois qu’ils sont en grève. Les grévistes sont bien souvent une force de progrès lorsqu’ils permettent d’améliorer les services qu’ils fournissent.

On recense ces jours-ci au Yukon 20 membres de l’AFPC – conseillers et conseillères, ou encore personnel administratif – qui sont en grève et cherchent à obtenir des améliorations à leurs conditions de travail. Parmi leurs revendications, ils demandent des heures de travail plus souples de façon à mieux servir leur clientèle.

« Nous faisons grève pour être mieux en mesure de continuer à aider les individus, couples, enfants et familles dans toutes les communautés du Yukon que nous servons, quand ils ont besoin de nous. »

Entretemps, après un mois de grèves tournantes, les membres du Syndicat canadien des travailleurs et travailleuses des postes risquent bien de voir le gouvernement fédéral adopter une loi les forçant à retourner au travail. Tous les Canadiens/Canadiennes devraient s’opposer fortement et ouvertement à un tel geste du gouvernement Trudeau.

Le droit de faire grève en est un que la Cour suprême du Canada a reconnu. Dans l’arrêt Fédération du travail de la Saskatchewan c. Saskatchewan, la Cour a conclu que « le droit de grève constitue un élément essentiel d’un processus véritable de négociation collective ».

Il n’est pas seulement dérivé du droit à la négociation collective, il en constitue une composante indispensable. Advenant la rupture de la négociation de bonne foi, la faculté de cesser collectivement le travail est une composante nécessaire du processus grâce auquel les travailleurs peuvent continuer de participer véritablement à la poursuite de leurs objectifs liés au travail. Le droit de grève jouit de la protection constitutionnelle en raison de sa fonction cruciale dans le cadre d’un processus véritable de négociation collective.

Le simple fait que le gouvernement fédéral envisage d’avoir recours à une loi pour mettre fin à la grève du STTP devrait grandement nous inquiéter, tout particulièrement si l’on tient compte de la décision rendue par la Cour suprême en 2015. Le Syndicat a juré de s’en remettre aux tribunaux si ses membres étaient forcés, par l’adoption d’une loi à cet effet, de retourner au travail.

Le droit de faire grève est un droit constitutionnel dont les répercussions améliorent les conditions de travail de l’ensemble des ouvriers et ouvrières du pays. Il devrait donc être protégé et célébré.

L’UCET tient à apporter son soutien inébranlable à ses homologues en grève, membres du Syndicat des employés du Yukon et du Syndicat canadien des travailleurs et travailleuses des postes. Solidarité!

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